Dans une classe d’accueil réservée aux élèves qui accusent un grand retard scolaire, dont certains étaient réfugiés ou présentaient un handicap, les élèves ont été au cœur de la création de personnages et les ont ensuite interprétés dans une pièce de théâtre, écrite et mise en scène par un spécialiste en théâtre de création.

Portrait de l’école

École Équinoxe- Pavillon Arthur Buies
Commission scolaire de Laval 
Laval, quartier Sainte-Rose
99 élèves
75 % d’élèves issus de l’immigration (1re et 2e génération)
16 langues dont l’arabe, l’espagnol, le créole et le roumain
53 élèves en francisation, dont 33 dans des classes d’accueil, 9 dans des classes ordinaires et 9 dans une classe d’accueil pour les élèves en situation de grand retard scolaire.

 

Description de l’initiative

Invité par la conseillère pédagogique de la commission scolaire et embauché grâce au soutien financier de la Direction des services aux communautés culturelles du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, le spécialiste en création de théâtre a rendu visite aux neuf élèves de la classe d’accueil, une fois par semaine pendant trois mois.

À la première rencontre, il a expliqué les différentes étapes du projet, a établi ses exigences et a longuement questionné les élèves sur les caractéristiques des personnages qu’ils souhaiteraient interpréter : leur âge, leurs champs d’intérêts et leurs traits de caractère. Au fil des discussions, les jeunes ont réussi à modeler leur personnage et ceux des autres membres de la troupe. Ces interactions ont suscité un grand intérêt chez les élèves, puisqu’ils avaient ainsi la chance de choisir le rôle qu’ils allaient jouer. C’était l’occasion pour eux de créer un personnage à leur image ou aux antipodes, selon leurs besoins et leurs envies. Pour les aider à bien exprimer leurs idées, le spécialiste, qui est aussi comédien, a mimé des émotions et des traits de caractère. Puisque la moitié des élèves avaient participé à l’activité l’année précédente, ils ont pu expliquer la marche à suivre, en français ou dans leur langue maternelle, aux nouveaux participants, dont la maîtrise du français était souvent très limitée. Puis est venu le moment de choisir les éléments déclencheurs et les péripéties afin de donner à la pièce un fil conducteur.

À la deuxième rencontre, le spécialiste a présenté une première ébauche de la pièce et a interprété chacun des personnages. Le scénario, fait de phrases courtes, était accessible aux élèves et constituait un bel outil de travail en classe, puisqu’il comptait notamment quelques expressions imagées. À plusieurs reprises, les mêmes répliques étaient répétées ou étaient reformulées, ce qui donnait une touche humoristique à la pièce, facilitait le déroulement des nombreuses répétitions et rendait le scénario compréhensible pour les jeunes élèves du primaire.

À chacune des autres séances, les élèves jouaient la pièce du début à la fin dans le but de la vivre plusieurs fois dans sa totalité et d’en intégrer progressivement le sens général et les subtilités.

La musique a joué un rôle très important pendant les répétitions. En effet, une musique d’ambiance accompagnait les différentes scènes, ce qui aidait les élèves à se situer : le clavecin pour l’entrée en scène de la reine, les tambours pour l’arrivée de l’armée, etc. À la manière des images d’un livre, la musique a un grand pouvoir évocateur et a permis aux élèves, souvent aux prises avec des difficultés en lecture, de s’approprier le texte.

À l’occasion, le spécialiste modélisait le jeu d’un personnage pour inspirer les élèves et leur donner envie d’ajouter des détails, à leur guise. Il leur proposait également des exercices de prononciation et d’articulation pour les aider à bien livrer leurs répliques. Cela dit, lorsque les élèves gardaient le nez rivé sur leur texte, le spécialiste leur demandait de s’en départir pour laisser place à plus de spontanéité et diriger leur attention sur ce qui se passait sur la scène.

Entre les rencontres avec le spécialiste, l’enseignante titulaire et l’orthopédagogue aidaient les élèves à répéter leur texte, individuellement ou en équipes de deux. Elles ont également abordé en classe l’importance de bien comprendre le scénario, les répliques et les réactions des personnages. Grâce à leur engagement, les jeunes ont pu offrir une belle prestation.

Le jour de la représentation, plusieurs éléments ont favorisé le bon déroulement du spectacle : trois microphones étaient placés au-dessus de la scène pour amplifier la voix des acteurs; le spécialiste, assis aux abords de la scène, faisait office de souffleur et s’occupait des décors et de la musique; en coulisse, l’orthopédagogue aidait aux changements de costumes ou aux derniers préparatifs avant l’entrée en scène; l’enseignante faisait partie de la pièce. Des dessins réalisés par les élèves étaient aussi projetés sur un écran blanc à l’arrière du décor. 

ArthurBuiesscene

Katy Perry, Selena Gomez et un danseur de Hip Hop demandent à la reine, accompagnée de son assistante, la permission de donner un spectacle dans son château.

 

Le théâtre est un moyen privilégié d’augmenter l’estime de soi des élèves, car il permet de travailler des situations linguistiques et sociales dans une ambiance conviviale et supervisée. En même temps, il présente un défi de taille : celui d’une représentation finale. Pour les élèves qui n’ont pas le français comme langue maternelle, les ateliers de théâtre constituent une occasion unique de se projeter en tant que locuteurs compétents en personnalisant les répliques de leur personnage; l’expert assure ensuite l’enchaînement des scènes et des dialogues. La mémorisation de différentes structures langagières dans un texte, que ce soit par l’entremise d’une chanson ou d’un poème, peut faciliter l’apprentissage d’une langue. La représentation finale ajoute simplement une motivation supplémentaire.

D’une durée de 25 minutes, le spectacle s’accompagnait d’un dîner communautaire auquel les parents étaient conviés et d’une cérémonie de fin d’année pour souligner le départ des élèves vers d’autres classes ou vers d’autres écoles. La présidente de la Commission scolaire a félicité les élèves et les intervenants qui ont contribué à la réussite de ce projet jusqu’ici réservé aux classes d’accueil. Mais vu le succès remporté, on prévoit en faire, dès l’an prochain, une occasion de jumelage entre des classes d’accueil et des classes ordinaires.

 

Ressource

Scénario de la pièce  « Le major en chef »

 

Personnes à consulter

Martine Lienhard
Conseillère pédagogique
 
Michel Limoges
Consutlant-expert, spécialiste en théâtre de création