L’école préscolaire Camille-Laurin a organisé des ateliers de lecture de livres bilingues afin de favoriser, chez les élèves allophones, le développement de la littératie. Les ateliers étaient destinés aux élèves de quatre ans en classes ordinaires et aux élèves de cinq ans en classes d’accueil. Cette initiative a pu voir le jour grâce à la collaboration d’enseignantes titulaires, d’éducatrices, d’enseignantes de langue d’origine et de parents.

Portrait de l’école

École Camille-Laurin
Commission scolaire de Montréal
Montréal, quartier Parc-Extension
368 élèves
98 % d’élèves issus de l’immigration (1re et 2e génération)
27 langues dont l’ourdou, le bengali et le tamoul
39 élèves en francisation dans des classes d’accueil
Services de soutien en langue maternelle dans la classe

Origines de l’initiative

Dans l’année qui a précédé le lancement de cette initiative, un partenariat a été établi entre la direction de l’école et le Centre haïtien d’animation et d’interventions sociales (CHAIS). Cet organisme communautaire offre, entre autres, des cours d’alphabétisation et de francisation aux immigrants adultes, un service d’aide aux devoirs ainsi que des activités de rapprochement parents-enfants. Le samedi matin, des enseignantes de langues d’origine et des animatrices du CHAIS organisaient des ateliers de lecture dans différentes langues dans le but, notamment, de sensibiliser les parents à l’importance de la lecture à la maison. Parallèlement, ces ateliers ont permis aux enseignantes de langues d’origine de parfaire leurs techniques d’animation.

Par ailleurs, la majorité du personnel de l’école a suivi une formation en lecture partagée et enrichie. Cette méthode, élaborée par Pascal Lefebvre, professeur à l’Université d’Ottawa, vise à améliorer les habiletés langagières, la conscience de l’écrit et la conscience phonologique en suscitant des interactions. En effet, le lecteur est appelé à faire des prédictions ou des inférences à partir de ses expériences personnelles et à participer à des jeux de conscience phonologique en cours de lecture (recherche et repérage de rimes, segmentation de syllabes, etc.). Pour approfondir le vocabulaire et faire ressortir différents aspects de l’histoire, le livre est lu à plusieurs reprises.

La même année, l’école a aussi participé à un projet-pilote visant à mesurer les effets du programme Relis-moi une histoire, élaboré par Laura Justice, professeure à l’Université d’État d’Ohio. Ce programme a pour but d’améliorer les habiletés de langage et de littératie précoce chez les populations susceptibles de présenter des retards dans ces domaines.

Les ateliers de lecture de livres bilingues constituent une occasion unique de faire le pont entre les milieux scolaire, communautaire et familial en intégrant des activités proposées par le CHAIS. L’objectif est de rendre l’expérience profitable pour les élèves, tant sur le plan de la légitimation des langues maternelles à l’école que sur le plan de l’apprentissage du français, notamment en y incorporant des concepts de lecture partagée et enrichie.

 

Description de l’initiative

DSCN0309 (1)

Hélène Camiré, enseignante titulaire et Nargish Yeasmin, enseignante de Bengali

Les livres bilingues présentent une histoire rédigée dans deux langues (utilisées l’une après l’autre ou en alternance) ou introduisent, à l’intérieur du récit, des mots ou des phrases d’une autre langue. Pour ce genre d’ateliers, les livres sont généralement choisis en fonction des langues maternelles des élèves. À l’école Camille-Laurin, qui a une très forte densité pluriethnique, les textes étaient lus en français-ourdou, en français-bengali et en français-tamoul. Le travail de lecture était réalisé avec l’enseignante de langue d’origine ainsi qu’avec l’enseignante ou l’éducatrice, selon l’horaire. Le but de ces ateliers était d’amener les élèves à faire des inférences et des transferts d’une langue à l’autre. Ainsi, les élèves pouvaient prendre conscience que leur langue maternelle peut être utile pour comprendre un texte en français, mais aussi que la version française peut les aider à déchiffrer une histoire dans une langue qui leur est inconnue. En plus de s’exposer à d’autres langues, les élèves améliorent leur apprentissage de la littératie en français et dans leur langue maternelle.

Aux fins de planification, la direction de l’école a libéré, pendant une demi-journée, toutes les intervenantes du projet de sorte qu’elles puissent établir un calendrier de séances, convenir des différents éléments à aborder en classe et de s’entraîner, à deux, à faire une lecture partagée et enrichie dans les deux langues. Le soutien financier de la Direction des services aux communautés culturelles du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, a permis de défrayer les coûts de libération des enseignantes pour la tenue de cette rencontre et le coût d’embauche d’une coordonnatrice mandatée pour faire le lien entre les intervenantes ainsi qu’entre l’école et les parents. Concrètement, la coordonnatrice était chargée d’animer la première rencontre, d’offrir de la formation et du soutien aux différentes intervenantes et de promouvoir la participation des parents aux ateliers.

En guise d’introduction, les enseignantes titulaires ont invité les élèves à réaliser l’activité Les fleurs des langues, qui consiste à dire et à écrire le mot bonjour dans différentes langues, chaque langue étant représentée par une fleur. Puis, elles ont convié les parents à une activité de sensibilisation à la diversité linguistique au CHAIS; elles leur ont demandé d’apporter, pour l’occasion, un texte dans leur langue d’origine (par exemple, un document légal, un livre, un journal, un extrait d’emballage), qui serait, par la suite, utilisé en classe. Cette démarche avait pour but de faire comprendre aux parents que les activités du CHAIS allaient être approfondies à l’école et que leurs langues maternelles pouvaient jouer un rôle important dans le développement de la littératie de leurs enfants.

Pendant les ateliers, les intervenantes ont lu trois livres différents en français-ourdou, en français-bengali et en français-tamoul selon les principes de la lecture partagée. Chaque histoire faisait ensuite l’objet d’une activité de réinvestissement. Les parents ont été invités, par téléphone, à assister à la lecture de ces livres et à prendre part aux discussions. Les activités de réinvestissement visaient à assurer une compréhension approfondie du texte et une appropriation du vocabulaire utilisé. Les ouvrages choisis abordaient des thèmes tels que l’identité linguistique et culturelle et suscitaient des interactions en français entre les élèves.

À la fin de l’année scolaire, les jeunes ont participé à l’écriture d’une histoire, en français, qui a ensuite été traduite dans les trois langues travaillées tout au long de l’année. Chaque élève a reçu un exemplaire du livre et l’a personnalisé en y ajoutant des dessins de son cru.

Ressources

NORAC, Carl, Mon papa est un géant, illustrations d’Ingrid Godon, Londres : Mantra Lingua, 2004.
RAYNER, Catherine, Augustus et son sourire, illustrations d’Annie Arnold, Londres : Mantra Lingua, 2008.
WADDEL, Martin, Le canard fermier, illustrations d’Helen Oxenbury, Paris : École des loisirs, 1999.

N.B. : Lorsqu’un livre bilingue n’était pas offert dans une langue donnée, l’enseignante de langue d’origine en assurait elle-même la traduction à partir du texte français.

Personne à consulter

Nargish Yeasmin – Coordonnatrice de l’initiative