Le projet « Dans la peau de l’autre » amène des élèves de 3e cycle du primaire à faire preuve d’empathie, composante centrale de la compétence interculturelle, afin de comprendre la réalité telle qu’elle est perçue par l’autre sans jugement. À travers diverses activités artistiques, ils sont invités à se mettre dans la peau de l’autre, quel qu’il soit, afin d’enrichir leurs perspectives et de favoriser le dialogue et l’ouverture à la différence.

Ce projet est le fruit d’un partenariat entre Une école montréalaise pour tous (UEMPT), le festival Les Coups de Théâtre et la Direction des services d’accueil et d’éducation interculturelle (DSAEI) du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, avec la collaboration de DynamO Théâtre et de l’artiste peintre Poli Wilhelm.

Portrait des écoles

École primaire Léonard-de-Vinci, pavillon 2e et 3e cycle
Commission scolaire de Montréal, quartier St-Michel
512 élèves
75 % d’élèves issus de l’immigration (1re et 2e génération)
30 langues, dont l’arabe, l’espagnol, le vietnamien et le créole
6 élèves reçoivent du soutien d’appoint en français

 

École primaire Terre-des-Jeunes
Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, Lasalle
374 élèves
86% d’élèves issus de l’immigration (1re et 2e génération)
37 langues, dont le pendjabi, l’arabe, le chinois et le roumain
93 élèves en francisation, dont 17 dans des classes d’accueil

Chronique #1 – Préparer le terrain

À l’automne 2016, un projet commun d’éducation interculturelle s’amorce à l’école Terre-des-Jeunes (Lasalle) et à l’école Léonard-de-Vinci (St-Michel). Ces deux écoles accueillent une clientèle aux origines ethnoculturelles très variées et de nombreuses familles immigrantes et cette diversité est d’ailleurs à la source de l’intérêt des enseignantes pour le projet, ces dernières y ayant vu une occasion d’explorer et de valoriser les expériences migratoires des élèves et de leur famille.

Dans chaque école, de novembre 2016 à mars 2017, deux classes d’élèves de 3e cycle du primaire participeront à des activités de médiation culturelle qui leur permettront d’explorer le thème de l’immigration et de l’intégration, notamment à travers des ateliers d’arts plastiques et de théâtre de mouvement acrobatique et de jeu clownesque.

Initié par une professionnelle du programme UEMPT, le projet s’inscrit dans les activités culturelles offertes aux écoles montréalaises de milieux défavorisés pour l’année scolaire 2016-2017. La pièce de théâtre Immigrant de l’intérieur, créée par la compagnie DynamO Théâtre dans le cadre du projet international Documents of poverty and hope, en est le cœur. Issue d’un processus collaboratif de création avec le Teatro O Bando au Portugal, cette pièce a déjà donné lieu à près de 200 ateliers de médiation culturelle réalisés avec des élèves dans trois écoles primaires de l’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension. La pièce raconte l’histoire d’un comédien qui se met dans la peau d’un immigrant portugais, Antonio. Seul sur la scène en compagnie d’un musicien, il s’imagine se rendre tous les jours au bureau de l’immigration dans l’espoir d’y recevoir ses papiers de résident. Plutôt que de répondre à des questions administratives, il préfère raconter des parcelles de son histoire personnelle, inspirées de réels récits d’immigrants.

Au printemps 2016, une première rencontre, réunissant les coordonnatrices du projet (UEMPT et DSAEI) et le responsable du festival Les coups de théâtre, a permis d’en définir les grandes lignes. En plus de la sortie au théâtre pour assister à une représentation de la pièce en amont du projet, une approche multidisciplinaire a été privilégiée (théâtre et arts plastiques). La seconde rencontre, à laquelle se sont joints les deux artistes, a permis de préciser les paramètres du projet, notamment le contenu de la journée préparatoire avec les enseignantes, le nombre d’ateliers avec les élèves, le calendrier envisagé, les thématiques à aborder dans le cadre des ateliers, le vernissage des œuvres produites par les élèves, ainsi que les ressources financières et matérielles requises.

Une troisième rencontre a enfin eu lieu en octobre 2016 pour terminer les préparatifs du projet avec les quatre enseignantes, les artistes et les coordonnatrices. En plus d’aborder différents aspects de la logistique du projet, les artistes ont animé des activités offrant un avant-goût des expériences qui seront proposées aux élèves lors des ateliers. Cette rencontre a permis d’explorer d’autres avenues de collaboration entre les classes des deux écoles, tant en termes d’activités de jumelage que pour le vernissage du projet qui pourrait donner lieu à un événement dans chaque école auquel seraient conviés les familles ainsi que tous les élèves et membres du personnel scolaire.

La prochaine chronique présentera le contenu et le déroulement des ateliers avec les élèves. À suivre…!

 

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Chronique #2 – Cinq ateliers en classe et une sortie au théâtre!

Cette deuxième chronique du projet « Dans la peau de l’autre » présente le contenu des cinq ateliers auxquels les élèves ont participé en classe.

Place au théâtre…dans la classe!

À la mi-novembre 2016, quelques jours avant d’assister à une représentation de la pièce « Immigrant de l’intérieur » de DynamO Théâtre à l’Usine C, les quatre groupes d’élèves ont participé au premier de deux ateliers animés dans leur classe par Yves Simard, le comédien de la pièce. Lors de cette première rencontre, ils ont d’abord échangé librement à propos des pièces de théâtre auxquelles ils avaient assisté par le passé. Puis, le comédien a abordé plus spécifiquement le travail réalisé par la compagnie en jeu clownesque et théâtre de mouvement acrobatique, en projetant dans la classe des photos et de courts extraits de spectacles, qui s’inspirent notamment de contes et d’expériences et de réalités d’élèves. Il a ensuite été question de la pièce « Immigrant de l’intérieur », dont le propos avait une résonance particulière pour la majorité de ces élèves de première ou seconde génération d’immigration. Ils ont ainsi réfléchi aux questions qu’ils souhaiteraient se faire poser par rapport à leur expérience familiale d’immigration et d’intégration.

 Improviser pour créer des personnages Le premier atelier s’est terminé par un exercice d’improvisation sur le thème de l’entrevue au bureau de l’immigration, l’improvisation étant l’une des techniques utilisées pour la création des textes chez DynamO Théâtre. Quatre équipes de quatre à six élèves ont été formées. À tour de rôle, chaque équipe était invitée à s’asseoir sur une rangée de chaises à l’avant de la classe. Le comédien posait une question au premier élève de l’équipe et, au claquement de ses doigts, l’élève assis sur la chaise suivante devait continuer la réponse amorcée. Les questions incluaient : Quel est ton nom? D’où viens-tu? Quel est ton métier? Qui sont les membres de ta famille? Comment me décrirais-tu l’endroit où tu vis? Pourquoi as-tu immigré?

L’exercice, qui présentait l’avantage de permettre à tous les élèves de s’exprimer, a donné lieu à de nombreux fous rires et à de belles échappées dans l’imaginaire. Certains des personnages immigrants créés lors de ces improvisations ont été réinvestis en classe par les enseignantes. Ainsi, dans l’une des classes, les personnages de Jean Marmoude Bernard, Isabelle Lacroix, Michelin Jean Bernard et Azabou Nick ont fait l’objet d’un travail de création en français dans lequel les élèves devaient les décrire (apparence, goûts, occupation), les situer dans un lieu et à une époque et leur faire vivre une aventure (amour, cauchemar, accident, surprise).

Lors du second atelier avec le comédien au début décembre, les élèves ont d’abord posé une foule de questions au sujet de la pièce : Où Antonio immigrait-il? Les fausses notes du musicien étaient-elles des erreurs ou des blagues? La pièce est-elle inspirée d’une histoire vraie? Combien de temps a-t-il fallu pour créer la pièce? Combien de fois faut-il répéter pour bien faire? Ils ont aussi partagé ce qu’ils avaient le plus aimé : l’humour, les mouvements et la musique qui les accompagne, les marionnettes, la bicyclette sur scène, les portes qui s’ouvrent et se ferment dans le décor laissant parfois sortir des flocons de neige ou permettant au comédien de tremper ses pieds dans la mer, les souvenirs des grands-parents, les dessins à la craie sur le décor et l’invention d’une formule mathématique,…

Inventer de courtes scènes de théâtre en misant sur l’expression corporelle

Les élèves ont ensuite été regroupés en quatre équipes pour inventer de courtes scènes de théâtre à partir de photos d’action, en mettant l’accent sur l’expression corporelle et en utilisant le moins de mots possibles. Trois thèmes leur étaient proposés à partir de photos de la pièce : le premier amour; le bureau de l’immigration; la rencontre d’une nouvelle personne. En plus d’inclure l’action représentée sur la photo, les élèves devaient imaginer et interpréter ce qui se passait avant et après cette action. Comme lors du premier atelier, l’exercice a clairement plu aux élèves qui ont ri de bon cœur et ont fait preuve de beaucoup de créativité.

Pour conclure ce deuxième atelier, des cartes postales ont été distribuées aux élèves sur lesquelles ils ont été invités à écrire à un ami, un amour ou un membre de la famille resté dans le pays d’origine. Ils ont été invités à écrire à propos de ce qu’ils apprécient dans leur nouveau pays, ou de ce qui leur manque du pays d’origine, et en inventant si nécessaire, en commençant leur texte par « À toi qui es resté là-bas… ». Un grand silence s’est alors installé sur la classe et les élèves, visiblement inspirés, se sont tous concentrés sur leurs textes, qui ont ensuite été interprétés à voix haute par le comédien pour les partager avec le groupe. Plusieurs élèves ont écrit qu’ils s’ennuyaient de leur pays d’origine, de leur famille restée là-bas, des lieux qu’ils aimaient fréquenter, mais aussi qu’ils appréciaient leur pays d’accueil, particulièrement la liberté, la sécurité, les amis, la beauté des paysages, les plaisirs d’hiver et la poutine! Plusieurs ont également mentionné la guerre et les mauvaises conditions de vie dans leur pays d’origine, et le fait qu’il fait trop froid ici l’hiver!

Les souvenirs et les arts plastiques pour développer l’empathie

Dès la fin novembre, les élèves ont amorcé en parallèle une série de trois ateliers d’arts plastiques animés dans leur classe par l’artiste peintre Poli Wilhelm. Lors du premier atelier, ils ont d’abord exploré la notion de souvenir : Qu’est-ce qu’un souvenir? Choisit-on ce dont on se souvient? Se souvient-on du passé très lointain? Les élèves ont ainsi parlé d’objets souvenir, des moments importants passés ou récents et des bons et mauvais souvenirs.

Les élèves ont ensuite été invités à choisir et à rédiger un souvenir, joyeux ou triste, en intégrant le plus de détails possible pour en faciliter l’illustration par les arts plastiques. Un exemple de souvenir et d’illustration de l’artiste leur a été présenté, de même que différentes techniques (formes découpées, pochoirs, collage, frottage, etc.). Tout comme lors du second atelier avec le comédien, le silence s’est fait dans la classe et les élèves se sont mis à réfléchir et à écrire, en consultant l’artiste au besoin. Leurs textes ont été revus et corrigés avec leur enseignante entre les deux premiers ateliers.

Illustrer le souvenir d’un autre par les arts plastiques

Lors du second atelier d’arts plastiques, les élèves ont d’abord retranscrit leur souvenir dans un cahier d’écolier, puis ils ont échangé leurs cahiers entre eux. Si, en découvrant un souvenir triste d’un autre élève, certains ont d’abord hésité à l’illustrer, tous les souvenirs ont donné lieu à beaucoup de créativité de la part des élèves. Leur travail d’illustration amorcé au deuxième atelier s’est poursuivi lors du troisième et dernier atelier. Les élèves étaient encouragés à utiliser au moins deux des techniques présentées et à continuer, même lorsqu’ils pensaient avoir terminé. Avec le soutien de l’artiste, les œuvres commencées au dessin se sont enrichies de couleurs, de textures, de nuances et de détails.

La démarche interculturelle

Plusieurs aspects du projet « Dans la peau de l’autre » coïncident avec les objectifs de l’éducation interculturelle. Ainsi, les ateliers de théâtre abordaient directement le thème de l’immigration et de l’intégration, contribuant ainsi à la reconnaissance et à la valorisation d’une part des identités plurielles des élèves majoritairement issus de l’immigration et, d’autre part, des expériences migratoires et d’intégration vécues par leur famille. Les différents ateliers ont aussi donné l’occasion aux élèves de s’exprimer sur leurs expériences personnelles, tout en leur laissant la liberté d’utiliser leur imaginaire. L’ensemble de la démarche a ainsi permis aux élèves de mieux se connaître eux-mêmes et de mieux se faire connaître de leur enseignante et des élèves de leur classe.

Par ailleurs, c’est à travers l’appel à l’empathie que les ateliers de théâtre et d’arts plastiques ont aussi permis d’explorer la capacité à se mettre à la place de l’autre pour comprendre ses perceptions et ses comportements. Ceci est en effet au cœur des compétences interculturelles à développer pour favoriser l’ouverture, le respect et le dialogue dans une société diversifiée sur le plan des appartenances ethnoculturelles, linguistiques et religieuses.

 

Les œuvres des élèves, réunies dans des cahiers d’écolier, ont été présentées lors de vernissages dans les deux écoles en avril et ont été numérisées pour les rendre accessibles sur le Web. La prochaine chronique présentera l’organisation et le déroulement de ces vernissages et le prolongement virtuel prévu pour le projet. À suivre…!